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Facebook, un réseau pas si social. Comment le dompter?!

Source : Le Monde. 05.08.2010.
Auteur : Bertrand Bissuel.

Se défouler sur Internet, en mots ou en images, peut nuire à sa situation professionnelle. Au coeur des litiges : les limites de la sphère privée. Mais aussi comment dompter Facebook pour éviter d'être piégé.



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Facebook, un réseau pas si social. Comment le dompter?!
Comme des milliers de salariés, ils ont brocardé leur chef. Une séance de défoulement improvisée à la fin de l'année 2008, en dehors des heures de travail. Dans un bistrot ? Lors d'un dîner en ville ? Non, ces trois cadres étaient chez eux, assis devant leur ordinateur, et devisaient sur Facebook. Au cours de cette conversation numérique, ils ont ri de leur appartenance au " cercle très fermé des néfastes " : pour en faire partie, " vous devez vous foutre de la gueule de votre supérieure hiérarchique toute la journée sans qu'elle s'en rende compte ", a écrit l'un d'eux.

Sans doute se sont-ils gaussés sans imaginer un seul instant que leur direction serait mise au courant. Grave erreur : un collègue, qui avait accès à la page Facebook utilisée, a rapporté leurs propos à l'employeur, l'entreprise d'ingénierie Alten implantée dans la banlieue ouest de Paris.

La réaction a été sévère : les trois " néfastes " ont été licenciés pour " incitation à la rébellion contre la hiérarchie " et " dénigrement envers la société ". La sanction s'applique à des salariés qui, selon une porte-parole d'Alten, avaient déjà employé des mots " odieux et injurieux ", y compris au bureau : ils cherchaient à " persécuter leur responsable hiérarchique, enceinte à l'époque ".

L'affaire a été portée devant le conseil des prud'hommes de Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine) par deux des salariées sanctionnées, le troisième ayant signé une transaction. En attendant d'être tranché, ce litige illustre la montée des conflits du travail liés à la fréquentation des réseaux sociaux. Car Alten est loin d'être un cas isolé.

Fin 2008, un ouvrier de l'usine Michelin, à Cholet (Maine-et-Loire), avait eu des ennuis avec la direction pour des paroles un peu vives lancées sur le site Copains d'avant : " exploitateur ", " boulot de bagnard "...

Le fabricant de pneumatiques était sur le point de le mettre à la porte. Finalement, le salarié, qui en avait assez de son poste, est parti après avoir conclu un " arrangement " financier avec son employeur, indique Denis Plard, délégué du personnel (CGT). L'affaire avait suscité " un gros buzz médiatique qui s'est retourné contre Michelin ", ajoute-t-il.

En avril, deux journalistes du quotidien régional La Nouvelle République ont écopé, l'un, d'un blâme et, l'autre, d'un avertissement à la suite de critiques sur l'organisation du travail formulées sur Facebook, rapporte le syndicat SNJ-CGT.

Sur le même réseau social, un policier basé dans l'Aisne s'était permis, au printemps, de qualifier son chef de service de " tyrannique ". Une procédure disciplinaire a été engagée, car ce fonctionnaire a manqué à son " devoir de réserve ", explique Benoît Goujet, du syndicat Unité SGP Police-FO.

D'autres personnes ont eu maille à partir avec leur hiérarchie à cause d'informations laissées sur un réseau social. Ainsi, la Haute Autorité de lutte contre les discriminations et pour l'égalité (Halde) a été récemment saisie par un " contractuel de droit privé " travaillant dans un établissement scolaire : il prétend avoir fait l'objet d'une " rétrogradation " après avoir mis sur " son profil Facebook des photos où il apparaît nu ", indique-t-on à la Halde.

Il y a presque trois ans, une affaire, survenue aux Etats-Unis, avait fait le tour des blogs et des forums de discussion. Alors qu'il était employé par l'Anglo Irish Bank, Kevin Colvin avait prétexté un événement familial pour s'absenter du bureau, le 31 octobre 2007. Peu de temps après, l'un de ses chefs avait retrouvé des photos de lui déguisé en fée, une cannette à la main, lors d'une soirée Halloween... Kevin Colvin fut remercié.

Facebook, un réseau pas si social. Comment le dompter?!
Immixtion anormale dans la sphère privée ou punition légitime ? La question est au coeur de tous ces différends. S'agissant d'Alten, l'avocat des salariés licenciés, Me Grégory Saint-Michel, considère que la page Facebook utilisée par ses clients n'est accessible qu'à une poignée d'" amis " triés sur le volet. Le droit au respect de la vie privée et des correspondances privées a donc été piétiné, à ses yeux.

La direction d'Alten rétorque que " Facebook est un réseau social ouvert " et qu'elle n'a pas mené d'investigations puisque les échanges incriminés " ont été rapportés par d'autres salariés ". Le secret des correspondances n'a donc pas été violé.

Difficile d'être catégorique : " Il n'y a pas de législation spécifique ni de jurisprudence sur les réseaux sociaux ", observe l'avocat Me Christophe Noël. En outre, la nature des propos échangés sur Facebook peut être appréciée différemment en fonction des paramètres de confidentialité appliqués au profil de l'utilisateur, relève Thibault Grouas, chargé de mission au Forum des droits sur Internet. Pour Me Noël, " une société pourrait se servir de la correspondance privée d'un salarié pour le licencier, si le contenu du message a été révélé par l'un des destinataires et qu'il y a trouble manifeste pour elle ".

Une chose est sûre : sur les réseaux sociaux, les informations relatives à un particulier peuvent être diffusées à son insu par ses " amis " (au sens Facebook) ou par les amis de ses amis. Et certaines entreprises y sont très attentives, notamment pour les embauches.

Aux Etats-Unis, " 45 % des employeurs (...) fouillent les réseaux sociaux " quand ils veulent recruter, écrivent Christine Balagué et David Fayon dans Facebook, Twitter et les autres (Pearson, 2010) en citant un sondage effectué au printemps 2009. Selon une autre enquête, conduite là encore aux Etats-Unis, " 38 % des interviewés affirment avoir rejeté le CV en raison des informations lues sur le réseau social du candidat ", poursuivent les deux auteurs.

En France, le discours officiel vise plutôt à bannir de telles pratiques. Le 14 janvier, sept organisations, parmi lesquelles le Medef et l'Association nationale des directeurs des ressources humaines, ont signé un texte qui promeut une utilisation raisonnée des réseaux sociaux dans les phases de recrutement.

Mais, pour jauger le moral de leur personnel, des patrons font appel à des consultants qui scrutent les plates-formes de discussion. " Le but n'est pas répressif mais informatif ", explique Charles Pellegrini, dirigeant de la société CP Médiation et ex-chef de l'Office central de répression du banditisme.

" Les entreprises devraient mettre en place des chartes pour réguler ce que le personnel peut exprimer à leur sujet sur les réseaux sociaux, et la manière dont ils peuvent l'exprimer ", estime Christine Balagué. A ses yeux, ceux qui fréquentent Facebook doivent se demander s'ils peuvent avoir comme ami un collègue ou un chef : " Si c'est oui, alors il leur faut réfléchir sur ce qu'ils disent sur le réseau social ", insiste-t-elle.

Comme l'a déclaré, en 2009, le président américain Barack Obama, lors d'un discours devant les élèves d'un lycée, " faites attention à ce que vous postez sur Facebook, cela pourrait se retourner contre vous tôt ou tard".

Comment dompter Facebook?

Facebook, un réseau pas si social. Comment le dompter?!
Mettez votre compte à l'abri
Attention : tout ce que vous mettez dans votre profil peut potentiellement être lisible sur internet si vous n'y prêté pas attention! Pour configurer Facebook : clics successifs sur Compte > Paramètres de confidentialité > Applications et sites Web : Modifier vos paramètres > Recherche publique et décochez la case "Activer la recherche publique". Sur Google, vos activités Facebook ne feront plus partie des résultats liés à votre nom.

Cloisonnez vos listes d'amis
Pour éviter que tout un chacun puisse voir à qui vous adressez vos invitations à vous accepter sur Facebook : Compte > Paramètres de confidentialité > Informations de base : Afficher les paramètres > Personnaliser le public pour chaque rubrique de la page (Tout le monde, Amis et leurs amis, Amis seulement, liste de noms de votre choix). Puis clic sur 'Retour à Confidentialité" > Partage sur Facebook > choisissez le principe général par clic en-dessous de ce titre puis clic sur 'Personnaliser les paramètres' et configurez pour chaque item.

Contrôlez vos photos de vous (prises ou taguées par un autre)
Clic sur Compte > Paramètres de confidentialité > Personnaliser les paramètres > Photos et vidéos dans lesquelles je suis identifié > Personnaliser > Ne pas montrer ce contenu à ...

Méfiez-vous des quiz et des jeux
Souvent ludiques, ces quiz et jeux sont très intrusifs : quelle que soit l'application, son installation autorise l'éditeur à accéder à vos informations personnelles : nom, photo de profil, sexe, liste d'amis, photos, ... Donc, si vous avez installé une application juste pour "voir", n'hésitez pas ensuite à la supprimer (Compte > Paramètres des applications). De plus, de plus en plus de sites web vous proposent de noter, commenter et 'partager' leurs contenus sur le réseau social. Le but pour ces sites: attirer l'audience de Facebook vers leurs pages et enclencher le mécanisme de ciblage publicitaire en suivant pas à pas vos habitudes sur internet.

Ne laissez pas envahir votre mur
Dès que vous agissez sur Facebook, par exemple en commentant une vidéo ou un article, vous êtes ensuite averti-e des interventions des autres grâces aux 'notifications' qui apparaîtront sur votre mur. Si vous n'y prenez pas garde, tout cela sera aussi notifié par email et par SMS! La parade : > Compte > Paramètres du compte > Notifications et décidez pour chaque item.

Surveillez vos paramètres de confidentialité
Facebook peut modifier ses règles. Aussi, vérifiez régulièrement si vos configurations sont toujours lse bonnes pour vous. Pour vérifier le degré de confidentialité : http://www.reclaimprivacy.org/ qui est gratuit.

Ne faites pas de Facebook votre point d'entrée sur le Net
Au lieu de configurer l'entrée dans chacun de vos sites Web, il apparaît séduisant d'utiliser Facebook Connect qui permet de transformer son compte en véritable carte d'identité numérique. Géniale sur le papier, l'idée le sera beaucoup moins ... le jour où vous décidez de quitter Facebook! Vous risquez de devoir vous réenregistrer partout et y reparamétrer vos comptes! Et si un jour, votre clé Facebook Connect ne fonctionnait plus ... aie aie aie!

N'abusez pas de Facebook Mobile
Plus votre smartphone interagira avec Facebook, plus les traces de vous seront nombreuses (position géographique, commentaire sur Twitter, publication d'un titre de chanson, etc.). A manier avec précaution sauf si vous voulez que vos 'amis' (les vrais mais aussi les faux) vous suivent à la trace!

N'hésitez pas à quitter le réseau
Au minimum, vous pouvez désactiver votre compte par Compte > Paramètres du compte > Désactiver le compte. Cette configuration rendra invisibles vos données et vous permettra de le réactiver en cas de remords. Mais vous pouvez aussi le supprimer définitivement par Compte > Aide > Profil > Paramètres de compte > Suppression. Sachez cependant que les données seront encore stockées quatorze jours avant de disparaître pour de bon et que tout ce que vous avez laissé visible par tous peut avoir été référencé par les moteurs de recherche ... et restera gravé dans le marbre du Web!




Dimanche 29 Août 2010
Raphaël Dougoud
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