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Crise financière : Basculement de la richesse. Augmentation de la classe moyenne mondiale. USA : la pauvreté explose. Le Brésil brille! Crise de la dette: La fin des illusions. Salaires des cadres. Dernière mise à jour : 12.10.2011

19.05.2010. Le Monde. Auteurs : Claire Gatinois, Anne Michel et Marie de Vergès
Après la Grèce, première victime de la défiance des marchés, de nombreux pays se trouvent directement menacés



Crise financière : Basculement de la richesse. Augmentation de la classe moyenne mondiale. USA : la pauvreté explose. Le Brésil brille! Crise de la dette: La fin des illusions. Salaires des cadres. Dernière mise à jour : 12.10.2011
La crise née en Grèce, qui frappe la zone euro depuis déjà trois mois prend une nouvelle dimension. Ni le " mégaplan " de soutien public de 750 milliards d'euros décidé dans l'urgence, ni les mesures d'austérité promises par les Etats, ne parviennent à rassurer les marchés. La monnaie unique s'enfonce chaque jour un peu plus. Elle a baissé, mercredi 19 mai, à moins de 1,22 dollar, du jamais vu depuis avril 2006. Jusqu'où ira sa chute ? Cette crise s'arrêtera-t-elle aux frontières de l'Europe ?

Pour les économistes, le danger est que cette crise de l'euro se mue en une crise mondiale des dettes publiques. L'américain Nouriel Roubini, l'un des rares à avoir vu venir le choc des subprimes, a prévenu, mardi, à Londres : " Ce qui se passe en Grèce n'est que la pointe d'un iceberg de problèmes de dettes et de déficits publics, dans beaucoup de pays développés, pas seulement en zone euro mais aussi au Royaume-Uni, aux Etats-Unis et au Japon. " Toutefois, face aux doutes et à d'éventuelles attaques des marchés, prompts à désigner des cibles, tous les pays n'affichent pas la même vulnérabilité.

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Les pays à risque élevé

Les marchés ne pardonnent pas aux Etats qui cumulent un fort niveau d'endettement, ou de gros déficits, avec des problèmes de compétitivité. Des perspectives de croissance faibles, voire nulles, signifient moins de recettes fiscales, donc une moindre capacité à rembourser la dette. Avec un énorme déficit public - soit 11 % du produit intérieur brut (PIB) - et un commerce extérieur déficitaire, l'Espagne, passée de la surchauffe à la récession, se trouve dans leur ligne de mire. La demande intérieure est pénalisée par l'endettement des ménages et des entreprises. L'activité est plombée par l'éclatement de la bulle immobilière. Son tissu industriel est faible. Aux yeux des investisseurs, le pays est privé de croissance, est un maillon faible. Le Portugal souffre aussi d'une faible compétitivité. Le secteur public y est gonflé et la population vieillit. Les comptes sociaux ne peuvent que se dégrader. Pour les marchés, ce pays ressemble à s'y méprendre à la Grèce, en moins grave. En Italie, le poids de la dette et la longue tradition de mauvaise gestion sont mal perçus. L'un des points faibles du pays est d'être entré dans la zone euro avec une monnaie surévaluée. A plus long terme, se posera le problème de la compétitivité d'une économie spécialisée sur des secteurs mâtures et la démographie est faible. Même s'il bénéficie d'une structure de dette favorable - avec des échéances de remboursement longues - et de marges de manoeuvre fiscales, même s'il peut jouer sur la dévaluation de la livre et sur des taux d'intérêt bas pour soutenir son économie, le Royaume-Uni se range dans les pays à risques, avec un déficit de 11,4 % du PIB. Le pays a fait preuve, par le passé, d'une meilleure faculté d'adaptation aux chocs que l'Europe continentale mais les marchés vont tester sa capacité à se serrer la ceinture et tenir ses déficits. Toute la difficulté du gouvernement de David Cameron sera de mettre en place des politiques restrictives sans plonger le pays dans la récession.

Les pays à risque moyen

Paradoxalement, certains pays semblent relativement à l'abri d'une attaque des marchés malgré un endettement colossal. Du moins à court terme. Le Japon est un cas d'école. Sa dette publique est vertigineuse (227,1 % du PIB en 2010) mais détenue " à 93 % par des investisseurs domestiques ", indique Emmanuel Hermand de la banque Nomura. L'Archipel puise dans l'immense épargne des ménages nippons. Ce fardeau risque pourtant de devenir lourd à porter pour une population qui vieillit et décline. A long terme, la solvabilité du pays est " en danger ", avertit l'agence de notation Fitch.


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En Irlande, l'endettement est loin d'atteindre ces sommets. Mais les chiffres se sont emballés sur fond de récession et d'explosion du chômage, après l'éclatement de la bulle immobilière : la dette publique devrait frôler les 80 % du PIB en 2010 contre 25 % trois ans plus tôt. Dublin a entrepris une politique d'austérité radicale, dans un climat de consensus social qui rassure les marchés.

La France, elle, va devoir prouver aux investisseurs qu'elle tiendra ses promesses de rigueur. Cela fait plus de trente ans que Paris n'a pas présenté un budget de l'Etat à l'équilibre. Pour l'instant, les agences de notation lui conservent sa note " AAA ", même si le pays est jugé plus laxiste que l'Allemagne. Son taux d'épargne est élevé, la consommation des ménages robuste. Les prévisions de croissance pour 2010 sont meilleures que pour la moyenne de la zone euro.

Les pays peu ou pas risqués

Pour des raisons différentes, certains Etats, bien que très endettés, paraissent peu exposés. Il en est ainsi des Etats-Unis, première économie mondiale, dont la dette atteint... 12 974 milliards de dollars.

Mais le pays profite du statut du dollar, monnaie d'échange et de réserve mondiale. Il peut aussi s'appuyer sur la Réserve fédérale américaine (Fed), habilitée à racheter de la dette publique, pour éviter que les taux d'intérêt de ses emprunts ne s'envolent. " S'attaquer au dollar c'est avoir la Fed, la Chine et le monde arabe - gros détenteurs de dollars - contre soi ", indique Sylvain Broyer, chez Natixis. En outre, les Etats-Unis, modèle d'économie flexible, bénéficient d'une croissance redevenue tonique.

L'Allemagne a donné des gages au marché, en menant une politique de rigueur après la réunification. Aujourd'hui, les règles très strictes qui obligent l'Etat à présenter un budget à l'équilibre satisfont les investisseurs. Même si l'économie dépend fortement de ses exportations - dont 43 % vers la zone euro - sa dette reste une valeur refuge.

Quant aux " BRIC " (Brésil, Russie, Inde et Chine), ils semblent préservés, globalement peu endettés et dopés par une croissance dynamique : " Au Nord la dette, au Sud la croissance ", résume Thomas Mayer de la Deutsche Bank.

Voir également
Les pays qui ont le plus souvent fait "faillite"

10.06.2010. Nouriel Roubini : "Nous sommes dans une zone dangereuse"

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Nouriel Roubini, professeur à l'université de New York, est l'un des rares économistes à avoir vu venir la tempête financière de 2008. Invité de la conférence de Zermatt (Suisse) sur le thème " Humaniser la mondialisation ", il livre son analyse sur la crise actuelle de l'euro.

L'économiste américain estime que la mise en place de plans d'austérité en Europe n'est pas " une option facultative " et que " Le problème principal de l'Union monétaire est que certains pays ont perdu en compétitivité.".

Source : Le Monde. 08.06.2010. Propos recueillis par Claire Gatinois

Vous avez évoqué un possible " éclatement " de la zone euro. Persistez-vous dans ce pronostic ?

Le risque existe. Le problème principal de l'Union monétaire, au-delà des déficits excessifs, est que certains pays ont perdu en compétitivité. L'un des moyens pour la restaurer consiste à renoncer à l'euro et à revenir aux monnaies nationales - drachme, peseta ou escudo.

Ne pas le faire obligerait ces pays à réduire les salaires ce qui provoquerait une récession. Opter pour la solution allemande, c'est-à-dire restructurer l'appareil productif, prendrait trop de temps. In fine, la seule option pour éviter un éclatement de la zone euro et regagner en compétitivité est de faire plonger l'euro. Parti de 1,50 dollar, il est descendu à 1,20. Il peut chuter jusqu'à la parité avec le dollar. La Banque centrale européenne (BCE) doit jouer son rôle en adoptant une politique monétaire accommodante.

Quelles seraient les conséquences de " l'éclatement " de l'euro pour l'Europe et pour le reste du monde ?

Si ce scénario se concrétise, ce que je ne crois pas à court terme, seuls un ou deux pays quitteront la zone euro. Ce processus peut être orchestré de façon ordonnée pour limiter les dommages au système financier, comme ce fut le cas au Pakistan ou en Ukraine : la vieille dette a été remplacée par une nouvelle dette avec une maturité plus longue et des intérêts maîtrisés.

En revanche, si les choses se font de façon désordonnée et précipitée, les dommages ne concerneraient pas seulement la région mais le monde entier avec des conséquences économiques, politiques et sociales.

Si plusieurs membres de l'Union monétaire décidaient de quitter la zone euro, l'Europe se recentrerait autour d'un noyau dur de quelques pays, plus homogènes en termes de politiques économiques et fiscales. Ainsi recomposée, l'Union monétaire pourrait survivre, même si la transition est délicate.

L'Europe n'est pas la seule à être en difficulté : les Etats-Unis, le Royaume-Uni, le Japon sont également confrontés à des déficits publics gigantesques...

Oui et nous sommes, je pense, entrés dans une seconde phase de la crise. La mise en place de plans de relance keynésiens pour éviter que la récession ne se transforme en dépression a fait basculer l'amas de dettes privées vers le secteur public. Nous avons socialisé les pertes du secteur privé. Et nous sommes dans une zone dangereuse.

La situation est-elle tenable en l'état ?

Il s'écoulera sans doute beaucoup de temps avant que les Etats-Unis perdent leur note " AAA ". Mais la maladie américaine, c'est un déficit budgétaire qui dépasse 10 % de son produit intérieur brut (PIB), 1 500 milliards de dollars (1 255 milliards d'euros). La situation n'est pas tenable. Pour le moment le pays est à l'abri, car l'appétit des investisseurs pour la dette américaine reste vif. Mais un jour les détenteurs de cette dette pourraient se réveiller, et dire " même les Etats-Unis sont dans une situation critique ".

Que pensez-vous de la multiplication des politiques de rigueur ?

Augmenter les impôts et réduire les dépenses est socialement douloureux. Mais quelle est l'alternative ? Poursuivre des politiques budgétaires généreuses ? Les marchés ont déjà sonné l'alerte, le faire serait aller à la faillite. Quant à la solution qui consisterait à " imprimer de l'argent ", cela conduirait à créer une inflation galopante. L'austérité n'est pas une option facultative.

Doit-on redouter une rechute de l'économie ?

En Europe oui. Avant la crise grecque, la croissance en zone euro était estimée à moins de 1 % en 2010. Compte tenu du choc intervenu au cours des trois derniers mois, si l'économie n'entre pas techniquement en récession la croissance sera proche de zéro, les Bourses vont continuer à chuter, les coûts de l'emprunt vont augmenter, les liquidités manquer, la confiance des investisseurs, des entreprises, des ménages, se détériorer. La croissance déjà anémique le sera plus encore.

Le G20 se réunit à la fin du mois pour discuter des nécessaires réformes de la régulation financière. Va-t-on dans la bonne voie ?

Le G20 est l'organisme de gouvernance mondial approprié, car les pays émergents devenus incontournables comme la Chine, le Brésil, l'Inde, la Russie, sont à la table des discussions. Des progrès ont déjà été faits pour améliorer la régulation financière en mettant sur pied des principes élémentaires de réforme de la régulation financière. Il faut aller au bout. Les crises ne sont pas un black swan (cygne noir), un événement imprévisible, mais un " cygne blanc ", un événement prévisible et évitable.

Aux Etats-Unis, vous êtes surnommé Dr Doom (Dr Fatalis) du fait de votre pessimisme. Avez-vous une bonne nouvelle à nous annoncer ?

Je ne suis pas Dr Doom, mais plutôt Dr Réalité. Il ne s'agit pas d'être optimiste ou pessimiste mais d'analyser les faits. Et les choses que j'ai annoncées se sont malheureusement souvent produites. La bonne nouvelle est que, face à la crise mondiale, il y a une réaction politique. En outre, si le Nord reste en crise, l'économie est plus robuste dans les pays émergents. On assiste à la bascule de l'économie de l'Ouest vers l'Est, de l'Europe et des Etats-Unis vers l'Asie, du G7 vers le G20.

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Notre blog 'Crises' qui suit l'évolution dans les pays majeurs.

Le basculement de la richesse vers les pays du Sud et de l'Est s'accélère. Les pays industrialisés de l'OCDE ne pèseront que 43 % du produit brut mondial en 2030, contre 60 % en 2000.

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Dynamique de l'enrichissement à l'oeuvre dans les pays les plus pauvres

Soruce : Le Monde. 17.09.2010.
Auteurs : Rémi Barroux et Brigitte Perucca

La richesse mondiale se concentre toujours du côté des pays industrialisés, mais la crise financière, dont les effets sont loin d'être digérés, a accéléré le rééquilibrage à l'oeuvre en faveur des pays émergents. Une étude, portant sur la richesse privée détenue par les individus, réalisée par le groupe d'assurance allemand Allianz, vient confirmer cette nouvelle donne planétaire.

Le rapport, qui concerne 50 pays - soit 68 % de la population mondiale et 87 % du produit intérieur brut mondial (PIB) -, est fondé sur la richesse privée des personnes, c'est-à-dire les dépôts bancaires, les placements sur les marchés financiers et chez les assureurs, mais ne prend pas en compte les biens immobiliers.

Bien que les actifs financiers aient progressé de 7,5 % en 2009 dans les 50 pays, atteignant 82 230 milliards d'euros, leur niveau reste nettement au-dessous de ceux de 2007 (85 590 milliards). " La plus grande surprise, note Arne Holzhausen, économiste au groupe Allianz, réside dans l'impact énorme de la crise sur les économies développées. On sent à quel point cette crise a été celle des grandes places financières, Wall Street en particulier. Comparativement, les pays émergents s'en sont plutôt bien sortis. "

L'étude répartit les 50 pays en trois groupes : les 21 plus aisés, dont la richesse moyenne en actifs est de 31 600 euros et plus par an et par personne ; un groupe intermédiaire de 13 pays, où la richesse privée par personne et par an s'établit entre 31 600 et 5 300 euros et enfin les pays les plus pauvres (dont un grand nombre d'émergents), où la richesse privée par personne est inférieure à 5 300 euros.

L'écart entre la richesse individuelle (79 640 euros en moyenne chez les plus aisés) et la pauvreté (1 800 euros chez les plus défavorisés) reste colossal, mais il tend à se réduire. Et la crise n'est pas seule en cause : la dynamique se situe clairement du côté des pays émergents.

Ainsi, en moins de dix ans, la richesse privée par personne a progressé de 16 % dans les pays les plus pauvres, soit sept fois plus vite que dans les pays les plus riches. Au début des années 2000, les actifs financiers des personnes dans les pays les plus riches étaient 145 fois plus élevés que dans les pays pauvres. " Le facteur est tombé à 45 en 2009 ", note l'étude.

Johannes Jütting, économiste à l'OCDE et auteur d'un rapport paru en juin sur " Le basculement de la richesse ", estime même que " ce recentrage a commencé dans les années 1990, la vraie accélération débutant dans les années 2000 ".

Un pays comme le Chili, le seul pays d'Amérique latine à se hisser dans le groupe des pays intermédiaires, affiche ainsi des actifs financiers par tête de 8 000 euros. Même si le rattrapage a été considérable ces dix dernières années, les pays de l'Est qui ont intégré l'Union européenne font plutôt moins bien : en moyenne, la richesse privée par personne s'y établit à un peu plus de 7 000 euros.

L'évolution à l'oeuvre dans les pays émergents est encore plus remarquable si l'on prend en compte que la totalité des actifs financiers dans ces pays ne sont pas forcément tous placés dans les banques et que les pays les plus riches sont aussi les plus endettés.

L'émergence d'une classe moyenne mondiale définie comme des personnes disposant d'actifs financiers compris entre 5 300 euros et 31 600 euros (soit une moyenne de 17 530 euros à la fin 2009) atteint 565 millions de personnes, contre 200 millions en l'an 2000. Sur ce total, plus de la moitié vit dans des pays émergents, tels que la Chine (130 millions), le Brésil (40 millions) ou encore la Russie (14 millions). Un phénomène dont nous ne vivons que les prémices : " En 2050, 50 % de la consommation globale du monde sera le fait des Chinois et des Indiens, contre 10 % actuellement ", estime Johannes Jütting.

Plusieurs bémols pourraient, à court terme, enrayer cette envolée. Les inégalités croissantes dans les pays émergents figurent en tête du tableau. " Il faut y maintenir l'espoir que tout le monde peut profiter de ces richesses, notamment en termes d'accès à la santé, à l'éducation, etc. ", souligne Johannes Jütting.

Les questions environnementales, de même que les conflits naissants, sur l'accès aux ressources et aux terres agricoles notamment, constituent deux autres risques majeurs.

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La pauvreté a fortement augmenté aux Etats-Unis en 2009

Source : Le Monde.
Auteur : Sylvain Cypel.

Près de 44 millions d'Américains vivent sous le seuil de pauvreté, selon un rapport rendu public, jeudi 16 septembre, par le Census Bureau (équivalent de l'Insee aux Etats-Unis). Presque 4 millions de personnes ont sombré dans cette catégorie en 2009, première année du mandat de Barack Obama. Au total, ils sont 6,3 millions à avoir rejoint les rangs des " nouveaux pauvres " au cours des deux dernières années.

Ces données ont pourtant " rassuré " les prévisionnistes : la plupart craignaient une augmentation plus forte de l'extrême précarité. Aux Etats-Unis, le seuil de pauvreté se situe, pour un individu, à 10 830 dollars bruts annuels avant impôts (près de 8'400 euros, soit 700 euros par mois), et au double (21 954 dollars) pour un couple avec deux enfants.

Plus du quart des Noirs et des Hispaniques vivent sous le seuil de pauvreté, plus de deux fois et demi le taux constaté parmi les " Blancs non hispaniques ". Plus de 30 % des pauvres sont des femmes seules avec enfants et la proportion de mineurs parmi les pauvres est une fois et demie supérieure à la moyenne nationale.

Ces données sont les plus spectaculaires de ce rapport, qui étudie également l'évolution des revenus et de la couverture maladie. Et les éléments qu'il fournit sont tout aussi symptomatiques des mouvements socio-économiques profonds qui ont récemment affecté les Etats-Unis.

Ainsi, le nombre des personnes dénuées d'assurance-maladie a fortement augmenté sur la période étudiée, qui a précédé la réforme de la couverture santé de M. Obama, dont les principales mesures n'entreront en vigueur qu'en 2013. Si un Américain sur sept est un pauvre, une proportion plus grande encore - un sur six - ne dispose pas d'assurance-maladie.

Ces nouveaux exclus de la santé sont souvent des chômeurs récents, le système privé américain faisant dépendre la détention d'une assurance-maladie de l'emploi. Or le nombre des salariés américains est passé, en 2009, de 145 millions à 140 millions, et celui des chômeurs de 9 millions à 14 millions. Quant au " revenu médian réel " d'un foyer, il a reculé de 0,7 % en moyenne (mais de 4,4 % parmi les Africains-Américains).

Ce rapport met en exergue plusieurs éléments constitutifs de la crise américaine. Ainsi, ce sont les " classes moyennes basses " - autrement dit les salariés à faibles revenus et précarisés - qui en ont été à l'origine. Ce sont eux qui ont fourni le gros des bataillons d'emprunteurs immobiliers soudainement devenus insolvables ; eux qui ont aussi été les premières victimes des expropriations ; eux qui, une fois expulsés de leur appartement, ont perdu leur emploi et dans la foulée leur assurance-maladie.

Le paradoxe est que l'explosion de la pauvreté est plus forte que lors de l'importante récession de 1981-1982 - Ronald Reagan avait alors pris les rênes du pays -, alors que l'impact de la crise actuelle sur le revenu des ménages est moins fort qu'à l'époque (le revenu médian avait chuté de 6 %, contre seulement 4,2 % sur 2008-2009).

L'explication réside dans un double phénomène. D'abord, le chiffre pour 2009 pris séparément est trompeur : c'est fin 2005 que le pouvoir d'achat des familles américaines a commencé de décliner, deux ans avant que n'éclate la bulle des subprimes. L'année 2009 s'est ajoutée à trois ans de rétraction préalables du revenu.

Plus globalement, la décennie 2000 a été marquée par un recul du revenu médian du foyer type (deux parents, deux enfants) : de 51 295 dollars en 1998, il est tombé, en 2009, à 49 777 dollars.

En second lieu, la faible protection sociale dont bénéficient les salariés aux Etats-Unis a joué un rôle prépondérant. M. Reagan avait hérité d'un système de protection largement hérité de celui instauré par le président Roosevelt dans les années 1930, et dont il a entrepris le démantèlement. M. Obama a, lui, hérité d'un système de protection sociale amaigrie en trois décennies. Le rapport montre que, la crise venue, cette absence de protection a eu des effets sociaux lourds. Enfin, le retour aux bénéfices des entreprises qui a accompagné la reprise économique fin 2009 n'a eu aucune incidence sur le pouvoir d'achat des salariés, au contraire.

A six semaines d'élections générales, à qui la publication de ce rapport bénéficie-t-elle politiquement ? Pour les républicains, démonstration est faite que le gigantesque plan de relance adopté début 2009 a été un gaspillage d'argent public. Michael Tanner, du groupe de réflexion " ultralibéral " Cato Institute, se gausse d'un gouvernement qui " gère 122 programmes différents de lutte contre la pauvreté " pour en arriver à... d'aussi pauvres résultats.

M. Obama, dans un communiqué, a indiqué que 2009 avait atteint " les profondeurs de la récession " ; manière de dire que, grâce à sa politique, le pire est passé. Point de vue résumé ainsi par l'analyste David Leonhardt sur son blog " Economix " du New York Times : " Aussi laid que puisse paraître ce rapport, il aurait pu être bien pire. "

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Source: Le Matin. 07.11.2011

Seize pour cent de la population des Etats-Unis vit au-dessous du seuil de pauvreté en 2011. Le recensement de 2010 présenté en septembre faisait état de 46,2 millions de pauvres, soit 15,1% des 306,11 millions d'habitants du pays.

La plus grande partie de la différence entre ces deux estimations provient de la hausse de dépenses telles que les frais de santé non remboursés, qui n'étaient pas prises en compte dans le taux officiel de pauvreté.

L'écart est le plus important chez les 65 ans et plus, qui voient leur taux de pauvreté passer de 9% dans la première évaluation à 15,9% dans la seconde. La pauvreté est la plus fréquente chez les moins de 18 ans, à 18,2% (22,5% selon l'estimation non révisée).

On note par ailleurs que, pour la première fois, la proportion de pauvres est plus forte chez les personnes se déclarant hispaniques que chez celles se déclarant noires, à 28,2% contre 25,4%. Chez les personnes se déclarant asiatiques, ce taux s'élève à 16,7% et chez celles se déclarant blanches non hispaniques, à 11,1%.
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Brésil : Le nouveau laboratoire du capitalisme

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Source : Capital. No 228. Septembre 2010.
Reprise des éléments essentiels : Raphaël Dougoud, futur'is.

Le président Lula a réussi à faire de son pays un géant de l'innovation sociale et technologique. Voici comment en bref

La crise financière n'est plus qu'un lointain souvenir pour le Brésil : en 2010, la croissance atteindra 6%, le taux de chômage n'a jamais été aussi bas et ses réserves de change culminent à plus de 240 milliards de dollars. Pour y arriver, le président Lula a marié innovation et pragmatisme, a mixé habilement intervention publique, orthodoxie budgétaire et recours massif aux nouvelles technologies. Par exemple, dans un pays grand comme quinze fois la France, le président a converti le pays au vote électronique et à la déclaration fiscale en ligne!

Les actions stratégiques du président Lula

  • Lancement du programme social Bolsa familia : il accorde 8.5 euros par enfant scolarisé aux familles dont le revenu mensuel est inférieur à 51 euros. 46 millions de Brésiliens en ont bénéficié, soit un sur quatre. Impacts : le taux de scolarisation est passé de 14.7% à 36% pour les 4-5 ans, la malnutrition infantile a reculé de 45%, la classe moyenne a explosé à hauteur de 55% contre 30% en 1990, la consommation intérieure est devenue le premier moteur du pays.

  • Règlementation du système bancaire et financier : dès 1990, le gouvernement a interdit aux établissements financiers de toucher aux produits exotiques, de type subprimes. De plus, la Banque centrale leur a imposé un logiciel informatique permettant de connaître en temps réel le détail de toutes leurs opérations, avec un système d'alerte automatique qui lui permet de bloquer les prêts douteux et de dépêcher ses inspecteurs au moindre mouvement suspect d'argent. Avec ce système, les fraudes et les bidouillages sont impossibles.

  • Pratique intelligente du financement et de la stimulation de la recherche : foin de dirigisme, les autorités laissent les labos publics se mettre au service du privé et encouragent la relation entre le besoin pratique sur le terrain et la réponse à trouver par les labos. De plus, la BNDES - la banque de développement du pays, doit repérer sur la demande du gouvernement les entreprises susceptibles de devenir des championnes à l'international et d'y investir l'argent public. Bien formés, indépendants, ses techniciens choisissent des investissements très pertinents et aident les entreprises autant à booster leur recherche qu'à exporter leurs produits.

  • Le gouvernement laisse les 27 Etats fédérés du pays, chacun dirigé par un gouverneur autonome, miser sur les filières locales qu'ils jugent les plus prometteuses.

  • Le président a aussi mis le paquet sur l'enseignement supérieur : 72 universités construites en moins de 10 ans! les facs privées obligées d'accepter les boursiers, l'obligation de tisser des liens étroits avec le privé ce qui a conduit à la création d'une cinquantaine de parcs technologiques.

Le président va quitter son poste mais il y a encore du pain sur la planche pour le prochain : la pauvreté a été divisée par deux depuis l'arrivée de Lula mais les 10% les plus aisés concentrent toujours 43% des richesses, contre 30% environ en Inde et en Chine. Autre obstacle : le taux relativement élevé sur les crédits. Et un dernier défi : une grande partie du territoire est dépourvue de routes, de ports et de lignes de chemin de fer. Le président Lula a annoncé en mars 2010 un nouveau plan d'investissement de 400 milliards d'euros dans les infrastructures dans les six prochaines années.

26.08.2011. Crise de la dette: La fin des illusions

Crise financière : Basculement de la richesse. Augmentation de la classe moyenne mondiale. USA : la pauvreté explose. Le Brésil brille! Crise de la dette: La fin des illusions. Salaires des cadres. Dernière mise à jour : 12.10.2011
Le piège ouvert par la crise des « subprimes » en 2007 vient de se refermer sur les Etats. C’est-à-dire sur nous. Soumis aux injonctions d’une frange de l’industrie financière, nous voici sommés de courir à la fois après l’austérité budgétaire et la croissance du PIB. Funambulisme ou schizophrénie ?

L’austérité, ce sont des coupes spectaculaires dans des dépenses supposées superflues : éducation, culture, accompagnement des personnes socialement fragilisées, préservation des ressources de la planète, aide au développement. On s’apprête ainsi à assécher l’humus de notre civilisation.

La croissance, aucun gouvernement ne peut la décréter. Du reste, elle s’entretient à coup de plans de relance passéistes (industrie automobile) et elle épuise nos ressources naturelles. Alors que la dette financière engloutit les Etats, la planète croule sous la dette écologique. Notre budget « ressources naturelles » pour 2011 est déjà épuisé. Nous retrouverons sur notre chemin des émeutes de la faim, un choc pétrolier, la course aux minerais précieux. Parier sur une croissance matérielle infinie est économiquement illusoire et socialement dangereux. Cela revient à compter sur des revenus que nous ne percevrons jamais.

La crise des « subprimes », devenue crise de la dette publique, a démontré que l’humanité – et notamment ses ressortissants les mieux lotis – devrait cesser de vivre au-dessus des moyens dont elle dispose collectivement. Dans le cas contraire, elle lèguera à ses enfants un fardeau qui rendra leur horizon humainement inacceptable.

Sortir de ce grand bazar

Pour sortir vivants de ce grand bazar, la clé consiste à organiser dès maintenant la transition vers un autre modèle de civilisation. Bonne nouvelle : des solutions sont là. La taxe sur les transactions financières, autrefois raillée, est aujourd’hui récupérée par tous nos partis. Tant mieux. Son produit pourrait être affecté au désendettement des Etats et au financement de grands projets écoresponsables. La lutte – réelle – contre les paradis fiscaux permettrait de faire de même. Un programme européen massif d’économies d’énergie doperait l’innovation et multiplierait les emplois non délocalisables.

Si la crise a quelque vertu, ce qui nous est proposé, c’est de choisir entre l’illusion d’un système économique destructeur et l’espoir d’un nouveau projet de société inspirant. Faute d’anticipation, bien des peuples ont disparu plutôt que de changer de civilisation (1). Il ne suffit pas d’en avoir conscience pour éviter de commettre la même erreur. —

(1) A lire Effondrement. Comment les sociétés décident de leur disparition ou de leur survie, de Jared Diamond (Gallimard, 2006).

12.10.2011. Les cadres asiatiques désormais mieux payés que les cadres européens

Crise financière : Basculement de la richesse. Augmentation de la classe moyenne mondiale. USA : la pauvreté explose. Le Brésil brille! Crise de la dette: La fin des illusions. Salaires des cadres. Dernière mise à jour : 12.10.2011
Plus haut, il est démontré la bascule de la richesse de l'Occident vers l'Orient.

Voici enpleine crise de la dette, une nouvelle information sur les salaires.

Source: Mon business > Economie 11 oct. 2011 par Audrey Duperron

Selon Mercer, le cabinet de consultants spécialiste des ressources humaines, les cadres asiatiques gagnent désormais de plus gros salaires que leurs homologues européens, et en 2013, leurs enveloppes devraient également être plus avantageuses que celles des cadres américains.

C’est en Chine, en Inde, en Indonésie, au Vietnam, dans les Philippines et en Malaisie que les salaires des cadres ont le plus augmenté. En 2011, les salaires des cadres en Asie ont progressé de 7%, contre 2,5% en moyenne pour les pays européens, et 3% pour les Etats Unis et le Canada. « Historiquement, les cadres des pays de l’Ouest étaient les mieux payés, mais le centre de gravité se déplace inexorablement vers l’Est. En 2010, les salaires des cadres en Asie ont surpassé ceux des Européens, et nous nous attendons à ce qu’ils surpassent ceux des Etats Unis en 2013 », a indiqué Hans Kothuis, du bureau Asie Pacifique de Mercer.

Ce rattrapage est le résultat d’une combinaison de plusieurs phénomènes :

  • Le blocage des salaires des pays occidentaux, lié au ralentissement économique et à la crise de la dette.
  • La croissance économique des pays émergents, qui pousse l’inflation à la hausse, et donc les salaires.
  • La pénurie de cadres disponibles dans les pays en question.

Cependant, dans ces pays, Mercer juge que l’inflation risque de créer une bulle qui pourrait créer des distorsions importantes entre les performances de ces cadres et les structures de salaires des firmes qui les emploient. « Les compagnies dans l’Asie devraient auditer leur politique de rémunération pour s’assurer qu’elle peuvent assurer une certaine pérennité et capitaliser sur les changements rapides de technologies, du contexte commercial et du contexte financier, ainsi que leur part de croissance économique mondiale », leur conseille Kothuis.

Samedi 18 Septembre 2010
Raphaël Dougoud
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