Source : Le Monde. 10.09.2010.
Auteur : Marie de Vergès.

Le franc suisse, monnaie refuge, atteint des records
Dans un environnement incertain, la monnaie helvétique rassure les investisseurs.


10.09.2010. Le franc suisse, valeur refuge, atteint des sommets
La Suisse riche et prospère a ses montres, son chocolat, ses banquiers... et son franc, de plus en plus fort, de plus en plus cher. Celui-ci a atteint, mercredi 8 septembre, un nouveau record historique, à 1,2776 franc pour 1 euro. La devise helvétique s'est appréciée de plus de 15 % depuis le début de l'année par rapport à la monnaie unique.

Le franc suisse est désormais considéré par nombre d'analystes comme le véritable héritier du très respecté deutschemark. La monnaie refuge par excellence face à un euro durablement fragilisé par la crise des dettes souveraines.

" Il n'y a pas 150 monnaies dans lesquelles on peut investir. Le franc suisse est aujourd'hui l'une des moins mauvaises parmi les grandes ", estime ainsi David Deddouche, stratège à la Société générale. Les finances publiques suisses sont parmi les plus saines des pays développés, le cadre institutionnel inspire confiance et la conjoncture a moins souffert de la récession que dans la plupart des pays. " Aucune autre devise n'a des fondamentaux aussi solides que le franc suisse ", renchérit Roland Duss, directeur de la recherche chez Gonet & Cie.

Des emplois en danger

La Suisse, pourtant, ne se réjouit qu'à moitié de voir son franc damer le pion au dollar et à l'euro. Car cette envolée, si elle se poursuit, risque fort de handicaper les exportations d'horlogerie, de machines-outils et de produits chimiques, moteur de la croissance. Sans parler du tourisme, source de dizaines de milliers d'emplois...

Pour les experts, cette appréciation de la monnaie pourrait inciter des entreprises, surtout parmi les petites et moyennes (PME), à délocaliser une partie de leur production en zone euro. En juillet, la fédération syndicale USS s'est publiquement alarmée. Brandissant le chiffre de 30 000 emplois en danger, elle a pressé la Banque nationale suisse (BNS) d'intervenir.

Mais l'institut d'émission a déjà tenté. Sans résultat, à part celui de faire gonfler démesurément son bilan. Ses réserves de change ont bondi de 56 milliards de francs suisses (43,6 milliards d'euros) en mars 2009 à 239 milliards fin mai. Faute de pouvoir influencer le gigantesque marché des changes, elle a gelé, en juin, ses achats d'euros.

Les industriels suisses vont-ils devoir s'habituer à un franc fort ? Pour les analystes, dans un environnement global marqué par de fortes incertitudes, la monnaie helvétique devrait continuer à grimper.

Dans les milieux politiques, on s'interroge. " Que faire si le franc ne cesse plus de s'apprécier face à l'euro ? Peut-être devrons-nous reconnaître que, dans ce vaste monde où se côtoient le dollar, l'euro et le yen, nous ne pouvons plus nous permettre d'avoir notre propre monnaie ", s'est risqué l'ancien conseiller fédéral Pascal Couchepin dans une interview, en août, au journal NZZ am Sonntag.

Un avis qui reste malgré tout isolé, selon M. Duss : " La majorité silencieuse est pour une politique monétaire indépendante, comme elle est pour le secret bancaire. "

Vendredi 10 Septembre 2010 09:39 Tags : euro franc suisse



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