A quoi sert une banque?
Source: La Quotidienne d'Agora. 04.10.2011
Auteur: Mory Doré
La solidité d'une banque – et donc l'évaluation de sa probabilité de "faillite" – suppose une situation confortable en termes de liquidité et de solvabilité.
Nous allons à présent approfondir notre connaissance des banques et de leur fonctionnement. Je vais revenir, dans plusieurs articles sur les points suivants :
1/ Quelles sont les principales activités d'une banque et quels sont les risques de chacune de ces activités ?
2/ Quels sont les principaux risques générés par l'activité bancaire ; comment peuvent-ils compromettre la situation de liquidité et de solvabilité de l'établissement ;comment couvrir ce risques ?
3/ Pourquoi dit-on que l'activité bancaire est systémique ? En d'autres termes, pourquoi et comment une banque peut couler un pays en faisant faillite ? – ce qui justifie que le secteur bénéficie de "l'aléa moral".
4/ Comment une banque trouve-t-elle son argent pour financer ses activités ? Pourquoi les banques ont besoin de VOTRE argent ?
5/ Faut-il remettre en cause le concept de banque universelle – comme le réclament de nombreux politiques ?
Activités et Risques
Quelles sont les principales activités d'une banque ?
Nous pouvons considérer que l'activité traditionnelle d'une banque est organisée autour de trois métiers principaux :
- Ce que l'on va appeler "l'intermédiation-transformation" : il s'agit de transformer une ressource à court terme en "crédits à long terme emploi long". Par exemple, l'argent de 100 livrets A (dépôts de court terme) va être prêté sur 10 ans à un industriel qui a besoin d'investir (long terme emploi long). L'affaire se complique car le taux du livret est variable et le taux consenti à l'industriel sera fixe. Cette activité générera des risques de taux, de liquidité et de crédit sur lesquels nous reviendrons dans un instant.
- Gérer des actifs financiers pour son propre compte (risques de marché) ou pour celui de clients (risques opérationnels et de réputation).
- Mettre en place des financements structurés et spécialisés pour de grands corporate à base d'ingénierie financière et fiscale (risque de crédit ou de contrepartie).
Quels sont les principaux risques d'une banque ?
Les risques de marché
Au sens du règlement 97-02 du Comité de la réglementation bancaire et financière (CRBf 97-02), il s'agit des "risques de perte dus aux changements de prix et de taux de marché, de corrélations entre actifs et de niveaux de volatilité."
Ces risques portent aussi bien sur les portefeuilles du trading book que sur ceux du banking book et aussi bien sur des positions cash que sur des positions sur produits dérivés.
En gros, ce risque est celui que vous subissez aussi en tant qu'investisseur : le risque que vos investissements perdent de la valeur.
Les risques de contrepartie
Le risque de contrepartie, c'est le risque de ne jamais revoir l'argent que vous avez prêté. Dit en termes plus professionnels, c'est "le risque de perte sur une créance ou un titre". Il va dépendre de la probabilité de défaut (par exemple la Grèce a-t-elle plus de chance de faire défaut que les Etats-Unis ?) et du montant non recouvré en cas de défaut (les banques vont-elles perdre 50%... 70%... 100% de leur mise si la Grèce fait défaut ?). Donc quand une banque a des positions sur un pays souverain de la zone euro, elle supporte à la fois un risque de marché (hausse des taux,donc baisse des cours) et naturellement un risque de contrepartie.
Les risques opérationnels et d'activité
Les risques opérationnels (RO) sont les risques de perte résultant :
- De l'inadaptation ou de la défaillance de procédures, personnes, systèmes internes (affaire Kerviel par exemple).
- D'événements externes (catastrophes naturelles, terrorisme, incendie, agressions, changement législatifs et réglementaires, etc.).
Les risques de gestion de bilan – ou risques ALM
Une des principales activités d'une banque est celle d'intermédiation-transformation. Elle doit utiliser l'argent disponible à court terme pour le prêter à long terme à ceux qui ont besoin de financement. Ce sont les seuls agents qui peuvent transformer des ressources court terme (dépôts à vue et comptes courants des clients) en crédits à moyen et long terme à l'économie. Comme je vous le disais :
"(...) l'horizon des agents qui ont des besoins de financement est de plusieurs années (financements à long terme de projets industriels), tandis que l'épargne des ménages doit être liquide et de court terme. Cette différence dans l'horizon de temps ne rend pas l'échange toujours possible. C'est là que le financement intermédié apparaît et que les banques interviennent. Les banques établissent le pont nécessaire entre les ménages et les entreprises et accumulent des positions dites de transformation."
De part sa position particulière d'intermédiaire financier et de transformateur de ressources courtes en emplois longs, la banque voit son bilan exposé aux risques liés à un déséquilibre entre ses ressources et ses emplois (déséquilibres en termes de nature de taux et en termes d'échéances).
Il s'agit donc de gérer le risque de liquidité qui contraint la banque à trouver des ressources supplémentaires pour poursuivre le refinancement de ses emplois/crédits à long terme et pour honorer le remboursement des emprunts échus
Il s'agit également gérer le risque de taux de l'ensemble du bilan commercial et financier et de se couvrir contre des évolutions défavorables. Nous allons faire un zoom sur ce risque de taux.
On sait que les deux risques majeurs de taux d'intérêt à gérer dans un établissement bancaire sont les suivants :
- Risque de hausse des taux courts avec un renchérissement des conditions de refinancement des emplois long terme à taux fixe.
- Risque de baisse des taux longs avec une rentabilité plus faible de la banque commerciale sur la production future de crédits à taux fixe. Ce risque est le risque majeur d'un établissement financier. (Pour s'en convaincre il faudrait s'amuser à interviewer les dirigeants de banques japonaises depuis 20 ans ; ils pourraient alors nous expliquer comment le système bancaire japonais a été détruit par le maintien de taux longs durablement bas). Il existe heureusement des instruments dérivés de couverture du risque de taux long (on pourra en reparler pédagogiquement un autre jour, c'est quelque chose que j'ai personnellement beaucoup pratiqué) qui permettent de générer quasi systématiquement des gains de marge nette d'intérêt dans un environnement de taux longs bas et de compenser le manque à gagner sur la production de crédits à taux fixe.
Malheureusement les banquiers ont plus tendance à couvrir leur risque à la hausse des taux courts que leur risque à la baisse des taux longs : il faut dire que les consensus de marché et scénarios budgétaires prévisionnels ont depuis toujours un biais systématique haussier sur la croissance et l'inflation, donc haussier taux courts et taux longs. Le malheur c'est que le politiquement correct est souvent mis en défaut...
Et puis très souvent, les positions de couverture du risque de taux long sont difficiles à justifier d'un point de vue comptable. Les normes IFRS sont souvent conçues par des régulateurs qui ne sont pas des spécialistes de la gestion d'un bilan bancaire. Face à la pression de commissaires aux comptes qui pourraient requalifier de "spéculation" ces opérations de couverture et de préservation du résultat futur, les banquiers peuvent – malheureusement à juste titre – s'abstenir de se couvrir. Dommage car la justification de la macro-couverture est évidente d'un point de vue économique et financier.
- Enfin, troisième risque à gérer : le risque de change porté au bilan. Ce risque est matérialisé par la détention de ressources et d'emplois dans des devises différentes, ce qui pourra occasionner des pertes significatives en cas d'évolution défavorable de cours de change.
Pourquoi votre banque a besoin de VOTRE argent
Nous avons vu quelles étaient les principales activités d'une banque et quels étaient les principaux risques d'une banque.
Mais, au fait : comment une banque trouve-t-elle sont argent – le financement qui va lui permettre justement d'exercer son activité de banque ?
L'argent que vous déposez sur vos comptes est crucial pour une banque. Ce qu'elle redoute le plus, c'est que ses clients retirent massivement leur argent. Pour comprendre pourquoi, voyons auparavant où les banques trouvent l'argent qui va leur permettre de financer leur activité tout en respectant les nouvelles règlementations.
Une banque a plusieurs moyens pour trouver de l'argent :
- Les capitaux apportés par les actionnaires (actions cotées) ou par les sociétaires (parts sociales pour les banques mutualistes), ainsi que l'accumulation de bénéfices non distribués qui constituent les réserves et donc des fonds propres "durs". Ce capital peut financer certaines activités comme l'entrée au capital d'organismes du logement social pour des banques mutualistes régionales ; une participation minoritaire dans une banque étrangère ; ou tout simplement l'investissement dans des fonds communs de placement à risque (les FCPR, ou ce que l'on appelle aussi le private equity).
- Les emprunts sur le marché interbancaire. Lorsqu'une banque a besoin d'argent, elle peut l'emprunter sur les marchés financiers ou auprès d'autres institutions en émettant des obligations. Dans ce cas les acheteurs des obligations sont les prêteurs et c'est à eux que la banque paiera des intérêts. Elle peut emprunter au jour le jour jusqu'à un an sur la courbe monétaire, et sur du moyen/long terme en se basant sur les courbes des swaps. Par exemple : admettons que le taux de swap 10 ans est de 3%. Si l'Etat français émet à 10 ans à 3,50%, le spread de liquidité = 0,50%. Si la BNP émet à 10 ans à 4,80%, le spread de liquidité = 1,80%. Si l'Italie émet à 10 ans &agr ave; 6%, le spread de liquidité = 3% etc.). La banque va prêter à des taux d'intérêt plus élevés que les taux auxquels elle emprunte et c'est comme cela qu'elle gagne de l'argent.
- Les ressources émises sur le marché :
1/ à moins de un an sous forme de certificats de dépôt ;
2/ à moyen et long termes sous forme de ressources dites "seniors" (elles ne sont adossées à rien si ce n'est à la confiance que l'on a dans l'émetteur bancaire – autant dire que ce type d'émissions n'est pas ce qui se fait de plus fréquent aujourd'hui) ;
3/ à moyen et long termes sous forme de ressources dites "sécurisées" : obligations foncières adossées à des créances que la banque détient sur le secteur public territorial ; obligations à l'habitat adossées à des crédits immobiliers qui sont garantis. Vous le savez si vous avez pris un crédit pour acheter votre logement : lorsqu'une banque fait un crédit immobilier, elle prend une garantie (que vous avez payé dans le crédit) auprès d'un organisme spécialisé, par exemple le CREDIT LOGEMENT. Donc la banque a un risque très faible. A partir de là, les banques peuvent émettre une obligation sur le marché, dite "obligation sécurisée" (en anglais covered bonds)… Sécurisée pour l'investis seur car garantie par des crédits hypothécaires de la banque émettrice. Comme c'est sécurisé, le rendement offert à l'investisseur est plus faible qu'une obligation bancaire classique adossée à rien ("en blanc", dit-on aussi) si ce n'est à la confiance que l'on a dans la banque qui émet.
- Enfin, dernière source de financement pour les établissements bancaires, les ressources clientèle allant des dépôts à vue aux PEL en passant par les livrets d'épargne et les compte à terme.
Une banque doit veiller à ce que ses sources de financement (le carburant indispensable à la poursuite de ses activités de crédit et d'investissement sous toutes ses formes) soient aussi diversifiées et stables que possible.
Une banque a besoin de la confiance des investisseurs et de ses clients
Et vous voyez combien la confiance a de l'importance dans le maintien de cette stabilité. Les banques ont besoin de la confiance des investisseurs pour qu'elles puissent émettre de la dette obligataire – et qu'elle soit souscrite. Elles ont besoin de la confiance des actionnaires pour éviter une trop forte volatilité des fonds propres, et surtout, elles ont besoin de la confiance des clients pour disposer de ressources longues et stables. Par exemple, plus les clients auront confiance dans la banque plus ils lui confieront des fonds à long terme (plan épargne logement, compte à terme, emprunts obligataires à moyen et long termes – ce qui est vital pour les banques et elles se battent littéralement pour récupérer de la ressource clientèle. N'avez-vous jamais été approché par votre banque sur des solutions de placement ? Les banques vont chouchouter le client sur ce type d'épargne longue car c'est pour elles moins cher que de devoir lever du cash sur le marché auprès de gros institutionnels.
Dans le même temps, la banque réduit son risque de liquidité, gagne un temps précieux et se prépare aux nouvelles exigences réglementaires de type BALE 3 (qui demande que les crédits à long terme soient de plus en plus adossés à des ressources longues – qu'elles viennent du marché ou des clients).
Donc la confiance du "grand public", de vous et moi, est indispensable pour une banque ; elle fera donc tout pour éviter que ses clients ne viennent retirer massivement leur argent – d'où la catastrophe systémique que vous imaginez si tout le monde se ruait au guichet pour retirer son épargne.
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Crise financière - Sites et Portails
Prévisions économiques & financières 2012-2013. Dernière mise à jour: 02.01.2012
[Suite de "Prévisions économiques 2011-2013]url:http://www.futuris.ch/Previsions-economiques-2011-2013-Derniere-mise-a-jour-30-12-2011_a704.html
Le moral n'est pas au beau fixe chez les professionnels de la finance qui manquent de visibilité avec une année électorale en France et aux États-Unis.
Après la chute des actions européennes en 2011, peu d'experts tablent sur un rebond cette année. La récession annoncée limite le potentiel des marchés.
01.01.2012. Bourse : 2012, année volatile, imprévisible et à risques
Souirce: LeFigaro.fr. 01.01.2012.
Auteure: Carole Papazian
Cette année comment la voyez-vous? «Imprévisible», « volatile», «incertaine», «tendue », «baissière», «politique», voilà les réponses les plus courantes des stratégistes des banques et des sociétés de gestion d'actifs. Le moral n'est pas au beau fixe. Pas plus chez les investisseurs qui ont perdu 17 % l'an dernier sur le CAC 40 que chez les professionnels de la finance qui soulignent d'une même voix le manque de visibilité dans une année électorale en France et aux États-Unis.
Les premiers mois de 2012 devraient voir la confirmation de la récession en zone euro. Les bonnes statistiques américaines de fin d'année et la résistance des actions américaines pourraient faire long feu, la plupart des stratèges s'attendent à un trou d'air aux États-Unis. Pour compléter le tableau, ils prédisent aussi un ralentissement dans les zones émergentes et notamment en Asie. «L'année 2012 sera une année très difficile sur le plan conjoncturel. De cela nous avons (malheureusement) une quasi-certitude», résume Alain Bokobza à la Société générale qui table sur un second semestre meilleur que le premier. Christine Lagarde, la directrice générale du FMI, a d'ores et déjà prévenu que l'objectif de 4 % de croissance mondiale serait révisé à la baisse.
02/01/2012
Indicateurs économiques - USA, France, Suisse. Dernière mise à jour: 03.12.2011
Tête en Une
01.11.2010. Evolution des taux hypothécaires depuis 1985
02.11.2010. Evolution des indices des actions et des obligations
Raphaël Dougoud
10/09/2010
Dette publique en temps réel (France, Etats-Unis, autres à venir)
Dette publique de la France
Dette publique des Etats-Unis et plein d'autres indicateurs, en temps réel
23/11/2011
Crise. Brèves significatives. Dernière mise à jour: 07.12.2011
22.11.2011. La note des banques dans le monde pourrait être dégradée avant Noël 2011.
22.11.2011. Les CDS, assurances des Etats emprunteurs.
22.11.2011. La note de 25% des banques dans le monde pourrait être dégradée avant Noël 2011
Source: Le Monde. 22.11.2011. Auteure: Anne Michel
Depuis l'aggravation de la crise de la dette cet été, le secteur bancaire mondial est entré dans une zone dépressionnaire, dont on ne voit pas la sortie. Suite à sa refonte de sa méthodologie de notation, qui vise à donner des gages de rigueur notamment en matière d'identification des risques, Standard & Poor's commencera sa révision générale par les 30 premières banques mondiales, celles dont la faillite ou les difficultés déstabiliseraient le système financier. De nombreux établissements européens, en Italie, en Espagne mais aussi en France, se trouvent dans sa ligne de mire.
22/11/2011
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