Le billet vert connaît pourtant aussi un sérieux accès de faiblesse. Outre-Atlantique, le spectre d'une croissance durablement molle se matérialise chaque jour un peu plus et le marché immobilier semble incapable de sortir de sa neurasthénie : en juillet, les ventes de maisons neuves n'ont plus été aussi faibles depuis 1963.
Vertus apaisantes
Résultat, deux devises aux vertus apaisantes s'envolent : le yen et le franc suisse. La monnaie japonaise vient d'atteindre son plus haut niveau depuis quinze ans face au dollar et depuis neuf ans face à l'euro. Car malgré une reprise chancelante, l'Archipel reste, parmi les grands pays développés, le mieux placé pour tirer profit du seul moteur de l'économie toujours en ordre de marche, l'Asie du Sud-Est. Mais aussi car la banque centrale chinoise se met à diversifier ses énormes réserves de changes, vendant des actifs en dollars pour en acheter en yens.
A Tokyo, cette envolée vire au casse-tête. De fait, les milieux d'affaires ne cachent plus leurs craintes de voir s'éroder les exportations du pays, qui pèsent 15 % du produit intérieur brut (PIB) et tirent sa croissance. D'autant que ce fort renchérissement du yen va alimenter la déflation, le mal endémique contre lequel le Japon se bat depuis une quinzaine d'années : les prix des produits importés vont baisser, contribuant à un recul généralisé des prix.
Après bien des atermoiements, le gouvernement et la Banque du Japon doivent annoncer des mesures le 31 août. Mais que faire ? Acheter massivement du dollar pour faire baisser le yen, comme au début des années 2000, au risque d'être accusé de manipuler sa devise comme son voisin chinois?
La Confédération helvétique, elle, a essayé. En vain. Au printemps, elle s'est lancée dans des achats massifs d'euros pour freiner l'appréciation du franc suisse. Avant de geler ces opérations en juin, une fois le spectre de la déflation éloigné. Résultat, cette devise a repris sa marche en avant : alors qu'il fallait 1,49 franc suisse pour un euro au 1er janvier, la devise helvétique est passée pour la première fois, mercredi, en deça de 1,30 franc pour un euro. La Suisse fait toujours office de base de repli pour investisseurs en ces temps agités.
Tout comme le marché de la dette souveraine. Les agences de notation ont beau se faire menaçantes, les investisseurs se ruent sur les obligations des grandes puissances. Les rendements des bons du Trésor français ou allemand ne cessent de baisser et la France n'a jamais emprunté à aussi bon marché qu'aujourd'hui.
Mais après un été léthargique, les acheteurs refont le tri entre la bonne et la mauvaise dette au sein de la zone euro : les rendements de la dette irlandaise se sont tendus à cause des nouvelles avanies de son secteur bancaire, comme ceux de la Grèce ou du Portugal.