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17.08.2009. Les marchés triomphants entrent dans une zone grise

Source : L'Agefi 17 août 2009. Auteur : Sylvain Frochaux



17.08.2009. Les marchés triomphants entrent dans une zone grise
2009, année de tous les records? 2009 enregistre pour l’instant l’une des meilleures performances annuelles. Comment se présente le second semestre? Après l’effondrement de l’an dernier (-38,5% sur le S&P 500), les marchés pourraient enregistrer, au final, leur plus belle performance annuelle d’après-guerre! L’indice des 500 valeurs phares de Wall Street a triomphalement dépassé la barre des 1000 points, avec un bond de 50% depuis le fameux plancher de la mi-mars… à 666 points. Comme si le diable en personne était là pour annoncer que l’enfer s’était transformé en paradis.

Depuis, l’ensemble des places financières ont été survoltées par un retour plus précoce que prévu, et surtout bien meilleur qu’attendu des financières, puis des industrielles. Ce processus de normalisation a provoqué un rally sans précédent, qui ne peut plus être décemment qualifié de simple rebond dans un bear-market. Non, la hausse des marchés s’est confirmée à deux reprises (au printemps et de la mi-juillet à aujourd’hui). Le revirement est tel que la chute en début d’année (-25%) -– la plus profonde depuis 1937 – pourrait n’être qu’une correction mineure par rapport aux gains sur l’ensemble de l’exercice. La progression en 2009 se monte déjà à 12%, non loin de la deuxième meilleure performance annuelle de la décennie, celle de 2006 (+13,6%).

Et il reste encore quatre mois et demi dans l’année. Un laps de temps largement suffisant, selon certains, pour déclasser la hausse de 26,4% enregistrée en 2003. L’analogie ne s’arrête pas là, puisque 2003 avait été l’année du rebond après l’effondrement des marchés suite à l’éclatement de la bulle Internet et des technologies. En poussant l’exercice plus loin, on pourrait même avancer que 26% ne serait qu’une progression faible par rapport au seuil atteint en mars dernier. Une extrapolation de l’évolution du S&P 500 entre la mi-mars et aujourd’hui jusqu’à la fin de l’année (et il ne s’agit que d’une période de quatre mois et demi) n’amènerait-elle pas l’indice newyorkais à 1315 points au 31 décembre? Soit une progression de 45,6% sur l’ensemble de l’année 2009 – dépassant ainsi le record d’après-guerre de 1954 (+45%). Atteindre les 1300 points d’ici décembre, est-ce vraiment réaliste? Ce scénario sous-entend un bond supplémentaire de 30% par rapport aux niveaux actuels, alors que le monde traverse la récession la plus marquée de ces 60 dernières années. L’état dépressif de l’économie (mondiale, américaine ou suisse) ne doit toutefois pas être confondu avec l’évolution des marchés. L’aggravation du chômage, la chute des salaires réels, la hausse des taux d’épargne et la contraction de la consommation sont des éléments déjà pris en compte par les investisseurs. Ce seront les écarts entre perception actuelle et données réalisées qui feront alors bouger les indices. A en croire les indicateurs avancés aux Etats-Unis (qui offrent en général des prévisions de 3 à 6 mois sur l’évolution économique), les 1300 points paraissent d’ailleurs tout-à-fait réalisables.

En fait, ce seuil des 1300 points (si haut qu’il puisse paraître au vu du plancher de mars dernier) n’est autre que le niveau du S&P 500… à fin août 2008. Il y a à peine douze mois! Soit avant les épisodes Lehman, AIG et consœurs. Peut-on alors affirmer que le marché a déjà digéré cet affaissement sans précédent du système? Possible. Encore une fois, les indicateurs avancés vont tous dans ce sens. Que ce soit l’ISM manufacturier, l’Empire State Manufacturing survey ou la pléthore des outlooks de la Fed (Phillie, Chicago ou Richmond), ils ont déjà tous égalé leur niveau d’il y a douze mois.

Croire en une telle hausse peut cependant paraître présomptueux, en raison des incertitudes planant au-dessus de la tête des investisseurs. Il est vrai qu’une progression quasi linéaire, et sans réelle fluctuation, depuis la mi-juillet ouvre la porte à un retour de manivelle à court terme. Avec cet optimisme grandissant, même dans l’opinion publique, le risque est en effet que les investisseurs perdent (à nouveau) toute lucidité quant à la valorisation du marché. A raison, le S&P 500 s’échange déjà à 18,6 fois les bénéfices moyens pour l’ensemble de l’année – un niveau qui n’a plus été atteint depuis décembre 2004. Les titres deviennent chers. Le positivisme est pourtant de rigueur. Il y a donc danger. Les sondages de confiance des investisseurs s’améliorent en effet de semaine en semaine, et le nombre relatif de positions à découvert ont largement chuté.

A cela s’ajoute le retour d’un VIX qui semble avoir atteint aujourd’hui son plancher. Cette mesure de la volatilité des marchés pourrait augmenter de 13% d’ici fin septembre, d’après les prix sur les marchés à terme. Davantage de volatilité signifie plus de nervosité, donc un possible retournement brutal. Ce d’autant que les investisseurs devront prendre leur mal en patience, à défaut de pouvoir analyser et sous-peser de nouveaux résultats d’entreprises. Une sorte de zone grise qui durera plusieurs semaines; avec des chiffres au deuxième trimestre approchant de leur fin, et des données économiques se faisant rares.

Quant à la prochaine réunion de la Réserve fédérale, elle n’aura lieu qu’à fin septembre, avec la grande question de savoir comment elle va réussir à ouvrir la voie vers une sortie de crise. Une évolution latérale au cours de ces prochaines semaines est dès lors le scénario le plus probable, avec une probabilité de plus en plus élevée de corrections à court terme. Le moment de rappeler que septembre est, aussi, historiquement le mois le moins performant de l’année (-1,3% depuis 1928).

Lundi 17 Août 2009
Raphaël Dougoud
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